Archives de la catégorie Traduction et Traductologie

I Congreso Internacional Ciencia y Traducción

Córdoba (Espagne), 20 – 22 avril 2016WP_20160420_09_44_33_Pro

Du 20 au 22 avril a eu lieu le I Congreso Internacional Ciencia y Traducción à Cordoue, , sous le titre « Puentes interdisciplinares y difusión del conocimiento científico » [Ponts interdisciplinaires et diffusion des connaissances scientifiques]. L’événement a été inauguré par M. le Recteur de l’Université de Cordoue et M. le Doyen de la Faculté de Philosophie et Lettres, ainsi que par María del Carmen Balbuena Torezano et Manuela Álvarez Jurado en qualité d’organisatrices. Il m’est impossible ici de faire le résumé de toutes les communications, je ne porterai à votre connaissance que quelques-unes qui ont eu lieu le premier jour, mais pour le plaisir de tous, elles seront publiées dans la revue de traduction Skopos dans le courant de l’année.WP_20160421_16_44_02_Pro

Au programme 35 communications dont les sujets étaient pluridisciplinaires et les approches multiples, les langues présentes étaient l’espagnol, le français, l’anglais, l’allemand, l’italien et le chinois. Nous avons débuté mercredi avec la conférence du professeur Ignacio Ahumada Lara (CSIC) qui a traité « La recepción de la ciencia española en Europa a través de la traducción especializada : muestra pluridisciplinar ». L’étude novateur, car il propose d’étudier les apports de la science espagnole aux discours scientifiques étrangers, montre que si jusqu’au XVIe siècle l’Espagne importe la science, à partir de ce moment l’Espagne va aussi l’exporter et notre science sera ainsi assimilée par d’autres cultures, à l’instar de l’Allemagne qui a toujours porté un regard très attentif à nos avancées. Belén López Arroyo et Roda P. Roberts ont présenté une étude contrastive anglais-espagnol de la phraséologie du langage du vin. María del Carmen Balbuena et Astrid Schmidhofer ont parlé de la productivité de la langue allemande dans la formation de mots du secteur vitivinicole.Pilar Castillo Bernal et María Jesús Garcia Serrano ont traité l’image, la terminologie et la traduction dans le secteur de l’énergie éolienne pour les pairs de langues allemand-espagnol. Manuela Alvarez Jurado a réveillé avant l’heure les papilles gustatives de son public grâce à sa communication sur la naissance de l’art culinaire, une étude terminologique du discours gastronomique français du XIXe siècle. María del Mar Rivas a traité les compétences du traducteur des textes agroalimentaires et a réfléchi à propos de son rôle dans le processus d’internationalisation des entreprises.

L’après-midi  nous avons eu le plaisir d’entendre, entre autres, Carmen Velasco Rengel qui a étudié un roman gothique afin d’observer et d’analyser les difficultés des éléments orthotypographiques dans la traduction littéraire. Celle qui écrit ces lignes a présenté une étude sur les stéréotypes féminins à travers la littérature médicale traduite à la fin du XIXe. À travers l’analyse textuelle et discursive de la monographie Les femmes pendant la période menstruelle (1889) du Dr. Séverin Icard et l’analyse descriptive-comparative de l’original et de sa traduction en espagnol, ainsi que l’analyse de la réception de l’œuvre par les scientifiques espagnols, j’ai pu démontrer que les traductions ont permis l’accès aux discours et représentations valides dans la culture de départ, jouant ainsi un rôle de médiation et participant activement à l’époque dans la régénération scientifique de l’Espagne. Également, cette étude a mis en exergue que la traduction de cette ouvrage a eu un impact sur les stéréotypes féminins car elle a été vecteur de diffusion et de divulgation : on faisait appel à la science afin contrer les revendications des femmes qui réclamaient des libertés politiques, comme le droit de vote.

Javier Martín Párraga a parlé de la terminologie scientifique dans la Renaissance Anglaise et José María Castellano a parlé d’enseignement et de traduction agroalimentaire : il a défini le cadre contextuel, textuel et terminologique dans le processus de traduction des textes oléiques en français-espagnol. Aurora Ruiz Mezcua a proposé une unité didactique pour la formation en interprétation dans le domaine des affaires, il s’agit d’une ressource pédagogique spécialisée pour les étudiants en interprétation qui peuvent ainsi pratiquer en dehors des heures allouées dans leur formation initiale.

Si tout cela vous a donné envie, ne manquez pas la publication de ces articles, et ceux dont je n’ai pas pu parler ici, dans la revue Skopos (revue indexée en Latindex).

Le comité organisateur a su choyer ses invités et, après le travail, la récompense, un bon salmorejo dans le restaurant Casa 10 et le soir une escapade à la dégustation de vins MontillaWP_20160419_13_08_11_Pro-Moriles, où nous avons pu déguster, entre autres, le vin doux naturel Pedro Ximénez, à l’arôme intense et enivrant, onctueux et savoureux. Nous avons pu parcourir les ruelles de Cordoue, ville envoutante dont chaque pierre est marquée par le passage de plusieurs cultures et religions : romaine, visigothe, arabe, juive, chrétienne. WP_20160422_13_35_59_Pro

Le congrès a été clôturé vendredi par un concert de cordes suivi d’une table ronde avec le syndicat des traducteurs ASETRAD, parmi les traducteurs invités nous avons pu écouter Alicia Martorell, traductrice indépendante, mais aussi des interprètes professionnelles qui ont donné des précieux conseils aux étudiants en traduction présents dans la salle.

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I UNIVERSITÉ D’ÉTÉ EN TRADUCTOLOGIE – 20 au 24 juillet 2015 (suite)

Rappel : ce document est la suite des quelques notes prises à l’Université d’été en Traductologie en France, qui a eu lieu du 20 au 24 juillet à l’Abbaye de Valloires (Picardie).

L'Abbaye vue du jardin

L’Abbaye vue du jardin

Jean-Yves MASSON, professeur de littérature comparée, traducteur, écrivain et critique littéraire, dans « Traduire le rythme » a centré son discours sur la traduction de poésie : le rythme, le son et le sens. Son objectif était de dédramatiser le défi qu’elle représente et de relativiser les positions tranchées de certains théoriciens et poètes du XXe siècle. Il faut – dit l’auteur – transposer « en douceur » et en « harmonie ». En guise d’introduction, les questions les plus fréquentes des pratiques de traduction, du XVIe siècle à nos jours, ont été posées. D’abord, celles concernant le fond et la forme : faut-il traduire le fond ? La forme ? Les deux ? Il répond en citant Racine « ma pièce est faite, je n’ai qu’à l’écrire », c’est-à-dire, que le contenu et la forme s’envisageaient séparément, or les romantiques, eux, nous ont légué un crédo « on ne peut pas séparer le fond de la forme ». Concernant la question faut-il traduire en vers ? J.-Y. Masson répond qu’avant le vers n’était pas sacralisé, la science s’écrivait en vers ! Comment traduire un poème ? Les réponses sont multiples, ainsi que les débats entre les poètes : faut-il traduire en fonction de la tradition poétique de l’auteur d’origine ? Faut-il privilégier la forme ? Efim Etkind, qui accuse les traducteurs d’avoir abandonné le souci de forme « le squelette sémantique », traduisant seulement selon le sens répondrait que ceci « résulte d’une paresse, voire de l’incompétence ». Alors, doit-on réserver la traduction des poèmes aux poètes ? J. Y Masson pense que non, mais il est permis de dire que le traducteur doit devenir poète par le fait d’être investi par le souffle de l’auteur.
Selon J.Y. Masson, la traduction doit devenir une re-création, le traducteur doit être lui-même poète car la faculté d’imagination devient plus importante que celle d’entendement dans la vision romantique de la traduction. Lire un poème c’est récréer le poème en soi avant même de le traduire dans une autre langue. J. Y. Masson insiste sur la nécessité d’une traduction re-créationniste, le traducteur doit avoir cette faculté créatrice.
Concernant la rime il nous dit que dans la langue française les accents ne sont pas des accents de mots, mais de phrase, l’accentuation se trouve dans la syllabe finale. Dans les recherches des travaux actuels, la rime ne peut pas avoir comme fonction de marquer la fin du vers, il est évident que dans un poème non rimé nous savons reconnaître un vers, indépendamment de toute notion de rythme. Dans les vers réguliers on renonce souvent à garder quelques éléments du sens, c’est une possibilité qui est offerte, mais ne doit pas être absolue, selon lui, la traduction des poèmes nous apprend la relativité, le poème lui-même n’étant pas absolu. Plutôt que s’obstiner à récréer la rime – nous savons bien qu’il y a de poésie en prose – il faut récréer le rythme (attention néanmoins car chaque langue a son propre rythme, on ne pourra pas récréer donc le même rythme). Selon lui, il faut retrouver la pulsation rythmique car elle accomplit une fonction fondamentale dans l’écriture poétique. La traduction de la poésie doit renoncer parfois aux signifiants. J.-Y. Masson conçoit le rythme comme une propriété que la poésie porte, « la poésie est le laboratoire de la langue », elle forme à la prose. Il ne croit pas, néanmoins, à la sacralisation de la poésie.

• Dans l’atelier intitulé « La traduction poétique face au problème des formes fixes, l’exemple du sonnet » illustré par des textes d’Efim Etkind, Y. Bonnefoy, Henri Meschonnic et A. Berman, J.-Y. Masson a remarqué la difficulté que les traducteurs ont à se détacher du signifiant de l’original, surtout dans des pairs de langues rapprochées et nous conseille, lors que nous avons à traduire des textes anciens, de traduire pour le présent, à ce propos il s’est donné une règle : pas d’archaïsme, mais réinvestir des mots qui existaient à l’époque du texte original et qui sont toujours d’actualité. Finalement, il nous a mis en garde sur le fait qu’une traduction jugée correcte aujourd’hui ne le sera peut-être plus dans trois siècles.

David ELDER, professeur de langue et de littérature française, a présenté son cours « Traduire la poésie moderne et contemporaine ». Spécialiste de Paul Valéry, poète-penseur, il a développé son discours autour des pièges de la traduction du texte poétique. S’appuyant sur quelques citations de P. Valéry : « La traduction est une véritable science des manières de voir », « l’artiste traduit non mot par mot, mais effet produit par effet à produire » ou bien « La poésie n’a pas de sens sans sa voix », il a donné quelques clés pour la traduction de la poésie selon certains poètes contemporains. Ainsi, Edgar A. Poe, conseillait cette équation circulaire : symétrie et consistance produisent vérité et beauté. Valéry prônait la combinatoire, connexité, cohérence et la résonance. Paul Claudel parlait de poésie vibratoire. Pour Derrida le rythme et le souffle sont essentiels.
Lors des exemples observés, D. Elder nous a mis en garde à propos de la répétition des sons car en essayant de reproduire une allitération nous pouvons tomber dans le piège de la cacophonie ! Il a insisté sur la perception de quelques mécanismes du texte poétique d’origine afin de mieux cibler sa traduction.

• Lors de l’atelier il était prévu d’étudier des extraits de travaux d’Y. Bonnefoy, René Char, Paul Claudel, S. Mallarmé, F. Ponge, A. Rimbaud et P. Valéry.

Camille FORT, traductrice et professeur de littérature britannique et traduction, a présenté le cours « Traduire pour la jeunesse ». Il s’agit d’une réflexion sur les conditions, les enjeux et les obstacles particuliers à ce genre. Trois aspects liés aux contraintes ont été abordés. D’abord, l’établissement d’un dialogue « polyphonique » entre l’auteur, le traducteur, l’éditeur et l’illustrateur. Dans son cas il lui a été, par exemple, exigé de franciser les noms, de récréer le monde des enfants pour qu’il soit familier aux Français ou de contextualiser l’environnement. L’éditeur est présent du début à la fin, il donne des consignes rigides, comme imposer le présent – temps familier à l’enfant au lieu du passé simple ; enfin, les décisions finales lui appartiennent. Ensuite se pose le problème des illustrations : tous les aspects gommés auparavant dans le texte peuvent réapparaître dans les images, ce qui crée des incohérences et suspend l’illusion référentielle. Il est absolument nécessaire de créer une continuité texte-image. Finalement, La traduction de littérature infantile et de jeunesse oblige à s’interroger sans cesse pour qui on traduit, qui est cette « jeunesse », qui sont ces « enfants », traduit-on seulement pour enfants ou bien pour adultes aussi ? – ce qui rejoint le discours d’Isabelle Nières-Chevrel. Pour C. Fort, l’enjeu est de reconstruire en langue française l’équilibre entre le « connu » et l’ « étrange ». Le traducteur doit souvent réinventer le langage pour enfant, certains textes étant répétitifs lexicalement, il est tenté d’élaguer ou de chercher des synonymes afin de rompre la monotonie du texte. Il faut rester attentifs à l’intertextualité, la présence des chansons sont fréquemment un clin d’œil.

• L’atelier s’est avéré pratique et ludique, axé sur la traduction collective quelques textes. La traduction de l’humour était incontournable, souvent il est dit à son égard qu’il n’est peux pas être traduit ou bien qu’il retiendrait une part d’ « intraduisible ». Néanmoins, il est toujours possible de réinventer un effet humoristique par des moyens plus au moins proches ou fidèles. Il s’agit de traduire ce qui fait l’humour, son esprit. Le rire a une fonction pédagogique, ce qui implique un impératif catégorique de le traduire, il faudra donc travailler sur le phrasé humoristique et faire attention aux images car elles sont aussi investies d’une fonction humoristique et très souvent prennent un espace important, ce qui restreint la place du texte – nous ne pouvons pas utiliser les notes de pied de page !
Enfin, il faut se poser les questions suivantes : ce qui fait rire l’adolescent Français fera rire l’adolescent Anglais ? Si j’introduis un effet subversif, l’éditeur l’acceptera-t-il ? Ce qui me fait rire adulte fera rire un enfant ? Fort heureusement, le traducteur a à sa disposition plusieurs techniques traductives et il n’est nullement nécessaire de rendre chaque technique du texte original par la même dans le texte final – ce qui rejoint le discours des intervenants précédents –, à guise d’exemple, elle explique avoir utilisé des calembours à la place d’allitérations.

Les coquelicots - jardin de l'Abbaye

Les coquelicots – jardin de l’Abbaye

Sündüz ÖZTÜRK KASAR, professeur de traduction et de traductologie. Lors de son cours intitulé « Traduire l’implicite dans un texte énigmatique » S. Öztürk a développé tous les aspects de l’implicite. Dès préliminaires notionnels – savoir ce qu’est l’implicite et ce qu’est un texte énigmatique – à comment décrypter les signes qui instaurent l’énigme dans un texte littéraire et quelle est la part de l’implicite dans la constitution de l’énigme. Le traducteur d’un texte énigmatique doit apprendre comment saisir, lire et interpréter les singes qui l’amènent à la résolution de l’énigme.

• Lors de l’atelier, il était prévu d’étudier les enjeux et défis de la traduction de l’implicite dans Sarrasine de Balzac, texte idéal pour illustrer ses propos. Il s’imposait une analyse du contenu et de la problématique du texte, suivi d’une brève analyse sémiotique du texte.

Denise LAROUTIS, traductrice et éditrice, a présenté son cours à caractère pratique « Traduire ou ne pas traduire Sur le rivage de Rafael Chirbes ». Dans un premier moment, il a été question de vérifier le processus de la traduction éditorial : le contrat, l’estimation du temps nécessaire à la traduction, les délais et leur possible négociation, les relectures, les épreuves, les possibles rééditions. Deuxièmement, D. Laroutis a parlé du livre de Rafael Chirbes qu’elle a traduit. Un ouvrage perlé de petits textes où le lecteur est invité à suivre la pensée d’Estéban, le protagoniste, car aucune indication de qui est le narrateur n’est donnée. Le texte est ainsi un flou des pensées et d’histoires, celle de trois générations. Ce qui va rendre difficile la lecture et son interprétation.

• Lors de l’atelier, D. Laroutis nous a invité à regarder le texte original de R. Chirbes et sa traduction en français, afin d’observer les difficultés de traduction et les stratégies qu’elle a mises en place pour les surmonter. Le problème de la traduction des registres linguistiques a été mis en lumière.

Viviana AGOSTINI-OUAFI, professeur d’italien, de linguistique et de traduction, a intitulé son cours « Approches des théoriciens en Italie de 1920 à 2003 : du débat philosophique ». Parce que l’histoire de la traduction de chaque pays est prise dans son contexte politique, elle s’est interrogée sur l’impact des théories émises à certains moments de l’histoire sur les traductions faites à ce moment-là. Quel est lien entre la pratique et la théorie ? En menant ces travaux, elle s’est aperçu que dans l’histoire de la traduction en Italie existait un trou béant fait des mensonges et de non-dits. Elle ainsi passé en revue les théoriciens et leurs publications, celles du fasciste Giovanni Gentile (1875-1944) ayant émis une théorie de la traduction en 1920 proche des théories linguistiques de W. Von Humboldt. Dans cette théorie il conçoit la traduction à l’instar de Goethe qui dit « tout écrivain est un traducteur de soi-même », car toute lecture d’un texte, même dans notre langue, est une opération de traduction et lire c’est traduire au niveau de la pensée. Elle a aussi étudié les théories de Benedetto Croche (1866-1952), philosophe et politicien italien – libéral – qui répond négativement à la théorie de son ancien collaborateur, B. Croche, en prônant l’impossibilité de la traduction car elle « détruit le texte et regorge d’interprétations trop larges ». Cette dernière théorie a influencé, jusqu’aux années 80, la réflexion sur la traduction en Italie et à l’étranger : G. Steiner cite B. Croche à plusieurs reprises, U. Eco ne prend pas en compte l’approche herméneutique de G. Gentile. Les raisons seraient politiques : G. Gentile a signé le manifeste fasciste et G. Croche le manifeste antifasciste. De 1920 à 1960 le problème des intellectuels italiens a été de voir comment dépasser Croche sans être anti-crochien puisqu’il s’avérait difficile d’être opposé à ce père spirituel. Ce n’est qu’à partir de 1980 que nous avons pu avoir accès aux théories de la traduction anciennes.

• Dans l’atelier était prévue l’étude de théoriciens de la traduction, des extraits des textes de Gentile et Croche, ainsi que les approches herméneutiques au XXe siècle.

Magdalena NOWOTNA, a enseigné la traduction littéraire et la traductologie. Elle nous a parlé des « Fondements sémiotiques de la traduction » – les fondements théoriques étant la linguistique énonciative, (E. Benveniste), la philosophie phénoménologique (M. Merleau-Ponty) et la phénoménologie du langage ( J.-C. Coquet). La traduction étant non seulement factuelle, mais aussi conceptuelle, la théorie a donc besoin de la pratique et vice versa. Il y a une théorie sémiotique qui étudie les instances enonçantes, le traducteur doit fournir une traduction fidèle de ces instances car elles sont – affirme M. Nowotna – le pilier de l’œuvre et « si l’on les supprime dans la traduction le texte n’aura pas le même air ». Elles doivent donc trouver leur place identique dans la traduction, sinon on défigure le texte final. Le traducteur est traversé par deux forces – éléments de l’identité de l’instance – l’une « immanente », qui vient de nous, et l’autre « transcendante ». Magdalena Nowotna propose un procédé pour construire les instances dans le texte qui consiste à analyser la nature des instances, à établir une échelle des priorités et à savoir par quoi commencer et par quoi terminer la réflexion et la pratique traductive, puis à traduire.

• Lors de l’atelier, nous avons vu que les instances de l’énonciation sont des identités modulables en fonction de l’idée de l’auteur et mettent l’accent sur la production de l’énoncé, ce qui nous permet de transmettre l’identité textuelle. Dans le texte, qui n’est pas « plat », nous devons déceler les éléments porteurs, très importants, dont la traduction n’est pas variable, contrairement aux éléments non porteurs ou secondaires dont la traduction peut être variable. Par exemple, les métaphores sont souvent des éléments porteurs.
Nous avons analysé trois traductions du poème Fatum (C.K. Norwid, 1840) afin de voir comment les éléments se combinent dans la grammaire contrastive. Nous avons ainsi constaté que la traduction de M. Nowotna a donné priorité à l’importance d’éléments porteurs qui sont ici fatal et regard. Tandis que la traduction de R. Legras a donné priorité à la rime, ce qui pour Nowetna a donné lieu à des écarts de sens terribles : ainsi la traduction « coup d’œil » au lieu de « regard » lui semble grave car derrière le texte il y a la conception de l’auteur sur « le regard artistique qui peut changer le monde ». Le choix de traduction « coup d’œil » efface donc d’un trait cet aspect important du poème. Ainsi quelqu’un qui ne dispose que de cette traduction, n’a pas accès à toute la philosophie de l’auteur – la victoire consiste à traiter le Malheur comme un objet artistique, à se battre autrement. La traduction de F. Konopka a dit autrement, sa traduction est riche – il ajoute des adjectifs – tandis que le texte original est sobre. La nature du poème a été changée, Greimas disait « quand on dit autrement, on dit autre chose ». J’ai retranscrit ici le poème et les traductions analysées lors de l’atelier :

FATUM (C.K. Norwid, 1840)

Jak dziki źwierz przyszło Nieszczęście do człowieka
I zatopiło weń fatalne oczy…
– Czeka –
Czy człowiek zboczy?

Lecz on odejrzał mu – jak gdy artysta
Mierzy swojego kształt modelu –
I spostrzegło, że on patrzy – co? skorzysta
Na swym nieprzyjacielu:
I zachwiało się całą postaci wagą
I nie ma go!

FATUM (Traduction de M. Nowotna)

Comme une bête sauvage le Malheur est venu vers l’homme
En plongeant en lui son regard fatal
– Il attend –
L’homme s’écartera-t-il ?

Mais l’homme l’a regardé en retour, tel l’artiste
Mesurant la forme de son modèle ;
Et le Malheur s’est aperçu que l’homme regarde
comment pourra-t-il tirer parti de son ennemi :
Et il a vacillé de tout son poids
– Et il n’est plus là !

FATUM (Traduction de R. Legras)

Vers l’homme, le malheur est venu comme un fauve…
Il plonge en lui ses yeux méchants :
Il attend…
Que l’homme, peut-être, se sauve ?

Mais ce coup d’œil l’homme pose sur lui d’un artiste prenant d’un modèle mesures ;
Le Malheur s’aperçoit que son regard procure
Avantage à son ennemi !
Il vacille alors de toute sa masse…
Disparaît sur place !

FATUM (Traduction de F. Konopka)

Menaçant et cruel, grondant ocmme une bête,
Le Malheur vint à l’homme et brutal se carra…
– Il guette –
Si l’homme obliquera ?

Mais l’homme le toisa de ce regard sévère
Dont l’artiste contemple un nu ; et ce voyant
Le malheur s’aperçut qu’il cherchait seulement
Quel profit il pourrait tirer de l’adversaire…
Et du coup s’ébranlant – ô prodige inouï ! –
Le Malheur chancela, pâlit, s’évanouit.

Jean PEETERS, professeur de linguistique et traductologie, a centré son cours autour des « Approches sociolinguistiques de la traduction :

Cours de Jean Peeters dans le refectoire

Cours de Jean Peeters dans le refectoire

cadres et limites». L’objectif de son cours était de nous inviter à porter un regard critique sur la traduction et certains concepts et de mieux comprendre les liens qui unissent le linguistique et le sociologique en traduction. La traduction s’inscrit dans le domaine des sciences humaines. Étant un phénomène « humain », ses contours varient selon les époques et le contexte. Elle est un phénomène global : qu’est-ce la traduction avec tout ce qui arrive autour ? J. Peeters s’est intéressé à l’étude de la traduction comme acte linguistique (parole articulée, sens construit), comme relation sociale, comme conduite valorisée et en tant que dispositif outillé. Il a porté une réflexion sur la dimension sociolinguistique de la traduction : sa définition, comment saisir la complexité de tout discours humain, spécialement de la traduction, l’identification des mécanismes linguistiques et sociologiques à l’œuvre. Il s’agit, a-t-il conclu, d’éviter les excès des discours seulement linguistiques ou seulement sociologiques.

Christine DURIEUX, professeur émérite, a enseigné la traduction spécialisée et la traductologie à l’ESIT. Dans son cours « Quelles stratégies en traduction spécialisée ? » elle a mis en exergue le fait que la traduction ne met pas des langues en contact, mais des humains, qu’elle met en contact, non pas des lecteurs passifs, mais actifs et des rédacteurs et de récepteurs, autrement dit, qu’« un texte sert à quelque chose et à quelqu’un ». La traduction spécialisée joue un rôle dans la vie économique et politique, en conséquence le traducteur est un maillon dynamique dans la chaîne de la communication qui suit une démarche cognitive à double détente : comprendre pour faire comprendre. Elle fait le constat que le contenu spécialisé offre une résistance car il ne s’offre pas à la compréhension de façon instantanée, ce qui demande une phase de documentation terminologique préalable. C. Durieux nous met en garde : le support de publication où la traduction va être publiée est très important et cite Danica Seleskovitch qui prônait le postulat de « non-agressivité du lecteur » – le contexte permettant du donner du sens au lecteur ce n’est donc pas la peine d’expliciter davantage. Nous devons chercher l’efficacité et la pertinence et pour vaincre la résistance mentionnée ci-dessus, le traducteur a toute une palette de stratégies à mettre en place en fonction de la destination de la traduction et de ses destinataires, elle affirme qu’ « il n’y a pas une seule façon de traduire, mais plusieurs stratégies à mettre en place ».

• Ainsi, lors de l’atelier pratique nous avons étudié quelques stratégies de traduction, je ne cite ici que quelques-unes en guise d’exemple : les xénismes, mot ou phrase empruntée tel quel à une langue étrangère sans être traduit – le xénisme est, par conséquent, attaché à sa culture d’origine –, à l’instar de Thanksgiving ; l’incrémentialisation, ajout d’un mot simple afin de permettre al lecteur de comprendre, comme dans l’exemple : Thanksgiving traduit par « la fête de Thanksgiving » ; La naturalisation, à l’instar de Christmas season traduit en français « fêtes de fin d’année » ou « périodes des Fêtes» (de Noël jusque l’Épiphanie), ou shopping day par « jour béni pour les magasins » ou plus banalisé encore « jour de grande affluence dans les magasins ».

Nicolas FROELIGER, traducteur pragmatique et professeur de traduction. Le cours « La traduction professionnelle à l’heure de la révolution numérique », qui renvoie à son dernier ouvrage, Les noces de l’analogique et du numérique. De la traduction pragmatique (2013), avait pour but de montrer en quoi les métiers de la traduction sont au carrefour de deux modes de pensée contradictoires, mais qui devraient devenir complémentaires : analogique – fondée sur le critère de la ressemblance – et numérique, propre des sciences exactes et fondée sur le raisonnement scientifique. Nicolas Froeliger s’intéresse à la traduction pragmatique et il l’a défini comme la « pratique de traduction des textes à visée communicative sans visée esthétique ou émotionnelle», contrairement à la traduction littéraire. N. Froeliger donne quelques caractéristiques essentielles de la traduction pragmatique : « la centralité du sens, sa pratique cibliste, le réel comme variable de contrôle et le texte traduit envisagé comme un produit à l’intérieur d’une chaîne de communication et « unité de traduction pertinente ». La traduction pragmatique a une composante analogique : « la traduction est un art » – dit Larbaud – avec une dimension émotionnelle, voire sexuelle – disent G. Steiner ou J. R. Ladmiral, mais aussi un large investissement numérique, comme le clame Xosé Castro Roig (2003) : « Un traducteur sans ordinateur, c’est comme un chauffeur de taxi sans taxi ». Les sujets techniques sont emblématiques de la traduction pragmatique. Ils regorgent de qualités analogiques – clarté concision, visée communicative, orientation vers la cible – pour un substrat qui renvoie aux modes de pensée numériques. Or, attention ! « If you can’t translate with pencil and paper then you cannot translate with the last information technology » (Brian Mosson, 1999, p.20), c’est-à-dire qu’avant d’acquérir la compétence informatique il faut avoir acquis la compétence translative, bien évidemment. Il s’est interrogé sur la façon dont les traducteurs conduisent leur pensée et la signification, en traduction pragmatique, de l’expression « faire du son mieux ». La traduction – nous dit-il – joue davantage sur la méconnaissance, sur ce que l’on ne connaît pas, il s’agit de gérer le « différentiel de savoir » entre auteur et traducteur, puisque tout ce qui relève de la certitude du sens pour l’auteur d’un texte, relève en fait de l’incertitude pour le traducteur, qui doit interpréter le texte de départ. On met en évidence le processus de pensée de manière que le texte final devient transparent et fluide (le traducteur brille par son absence). Pour conclure, il a insisté sur la nécessité de relativiser toute traduction, l’objectif étant de « rendre non pas des traductions parfaites (chimère), mais des traductions acceptables, c’est-à-dire, aptes à répondre à une demande ».

• Dans l’atelier il était prévu de montrer, à partir d’exemples, les relations entre terminologie et traduction et de s’interroger à propos de l’utilité que revêt la première au service de la seconde.

Sylvie MONJEAN DECAUDIN, juriste de formation, traductrice expert de justice et enseignante spécialisée en traduction juridique. Son cours « La traduction juridique : fonctions et enjeux » s’est voulu pratique et interactif. Le public a été sollicité afin de réfléchir ensemble sur les points qu’elle souhaitait mettre en exergue. Elle a ainsi mis en lumière le caractère pragmatique de la traduction juridique et ses trois fonctions principales : elle sert à créer la norme, à l’appliquer et à la commenter. Cette typologie conduit à une typologie fonctionnaliste des traductions juridiques. Le traducteur doit savoir analyser les fonctions de la traduction du droit et savoir les dissocier des fonctions du texte source – celles-ci peuvent donc être différentes –, ce qui nous permettra de mieux cerner les enjeux qu’elle revêt selon les divers contextes où elle se réalise. Elle a également développé des notions telles que la traduction verticale et horizontale. La première correspond à une traduction non territorialisée dans un contexte institutionnel de droit international ou régional négocié. L’équivalence en traduction se veut uniformisante afin de faciliter une interprétation uniforme d’un droit unique énoncé dans une multitude de versions linguistiques, par exemple, au sein de l’Union européenne. La seconde, correspond à une traduction territorialisée destinée principalement à la connaissance d’un droit autre ou à la reconnaissance du droit de l’autre, voire à l’administration de justice. Cette dernière présente des caractéristiques culturelles marquées. L’équivalence en traduction se veut dès lors localisée. Enfin, elle a présenté la notion de « degré de juridicité » : en quelle mesure l’énoncé est investi des termes juridiques exigeant leur connaissance préalable et en quelle mesure la règle contenue revêt de force obligatoire : plus ces deux paramètres sont présents, plus le degré de juridicité est fort et élevé.

• Lors de l’atelier intitulé « Évaluer le « degré de juridicité » d’un texte juridique à traduire » il était prévu de développer davantage cette notion, à l’aide des textes issus de la pratique professionnelle des traducteurs juridiques et experts de justice, à partir des paramètres suivants : le contenu en science juridique nécessaire à la traduction et les effets juridiques du texte. Évaluer le degré de juridicité d’un texte s’impose comme démarche préliminaire utile à la traduction du droit.

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I UNIVERSITÉ D’ÉTÉ EN TRADUCTOLOGIE – 20 au 24 juillet 2015 (1ère partie)

J’ai eu le grand plaisir d’assister à la première Université d’été en Traductologie en France, qui a eu lieu du 20 au 24 juillet à l’Abbaye de

Cloître de l'Abbaye de Valloires

Cloître de l’Abbaye de Valloires

Valloires (Picardie). Impossible ici de retranscrire toute la richesse des enseignements, mais quelques notes, quelques idées clés du discours des intervenants. Cet événement a été présenté par Florence Lautel-Ribstein, Viviana Agostini-Ouafi et David Elder, qui ont remercié les membres de la SofT, de la SEPTET et les collaborateurs des autres laboratoires ayant participé. Il a accueilli une trentaine de participants – doctorants et professionnels de la traduction – et vingt intervenants. Le matin nous pouvions suivre quatre cours théoriques, l’après-midi nous avions la possibilité d’assister à deux ateliers parmi quatre proposés. Un débat clôturait chaque journée.

Marc de LAUNAY, philosophe et traducteur, a présenté « La traduction comme interprétation ». Il a commencé son intervention

autour de l’impasse auquel conduit le couple conceptuel « le même et l’autre » – l’autre étant l’avatar du même. Or, la traduction d’un original n’étant pas son même – elle ne se doit donc pas d’être identique –elle est limitée par son interprétation. Celle-ci impose à la traduction de réécrire l’équivalent sémantique et sémiotique de l’univers de l’original, rapprochant le traducteur du rhéteur. Tout traducteur est confronté à la prise d’une décision interprétative qui implique une décision d’écriture individuelle qui ne peut pas être l’objet d’une normativité, d’autant plus que la traduction repose sur le principe qu’aucune configuration de sens n’est stable. La richesse supérieure de la pensée informulée nous renvoie, dit l’auteur, à l’autre problème de la traduction qui est celui de l’imagination créative. Les théoriciens de la traduction doivent réfléchir au problème constant qui pose l’innovation linguistique sous la forme de symbole linguistique (métaphore) liée à la fonction de l’imagination.
• Dans l’atelier nous avons analysé depuis une perspective herméneutique l’épisode de « Babel », La Bible, Genèse XI, 1-11. Marc de Launay fait appel à une herméneutique général comme méthode d’interprétation car il considère qu’il faut rétablir le même écart que l’original a introduit dans son contexte historique et culturelle. Un traducteur doit comprendre l’original comme l’auteur l’a conçu, il a accompli son

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Dans le cloître heureuse d’être là

travail quand la traduction donne une interprétation qui est « possible ».

Charles Le Blanc, philosophe, écrivain, traducteur et professeur à Otawa, nous a parlé de « La fonction de l’histoire en traductologie », son objectif étant de nous faire comprendre les liens qui unissent Histoire et traduction en traductologie. Il part de l’hypothèse que la mémoire, le souvenir de la quête individuelle, peut être comprise symboliquement comme étant l’acte de naissance de l’Histoire « l’histoire est la discipline qui œuvre à transformer l’œuvre en mémoire ». L’histoire de la traduction a donné au sens une démarche interprétative, ce qui place la traduction en herméneutique. C’est ainsi que Charles Le Blanc a évoqué le problème, essentiel, des « sens » de l’énoncé car l’idée de « signification » et l’idée d’ « énoncé » sont sujettes à des variations dans le temps. Ils possèdent donc une dimension historique qui influence notre façon de traduire – l’œuvre reste la même mais la compréhension que nous en avons change complétement. Avicenne, nous dit l’auteur, ne lisait pas Aristote comme Heidegger et pourtant les fragments à interpréter sont les mêmes. La place du lecteur est donc très importante et l’histoire met en évidence la distance entre la communauté d’origine et son lecteur. Les traducteurs en tant que lecteurs perçoivent cette distance avec le texte établie par sa propre expérience personnelle. C’est ainsi que traduction et histoire vont de pair dans le sens historique et chaque relecture invite à des nouvelles retraductions qui s’enrichissent de nouvelles interprétations. Si chaque texte appelle implicitement une lecture, la traduction elle l’appelle explicitement, le lien entre l’histoire et la traduction est celui de cette explicitation. Charles Le Blanc voit, à juste titre, un « renouveau » dans chaque relecture du texte.
• Dans l’atelier, il était prévu d’étudier le texte de L. Bruni, De l’interpretatione recta, p. 1-9.

Yves Chevrel, professeur émérite de l’université Paris-Sorbonne, dans « Écrire une histoire des traductions en Europe : le XIXe siècle » a présenté rapidement le travail de ses homologues en Espagne, Historia de la traducción en España, de L. Pegenaute et de F. Lafarga – dont il remarque que la périodisation a été calée sur la périodisation exclusivement littéraire – en Angleterre, History of Literary Translation in English, et l’ouvrage qu’il codirige en France, Histoire des traductions en langue française, dont la périodisation s’est faite sur des périodes historiques générales. La méthode employée a consisté à identifier l’objet que l’on prend comme étant une traduction, à établir les listes des traductions et des traducteurs, à ne parler que des traductions dont les collaborateurs avaient pu avoir l’original en main et à analyser le péritexte et l’épitexte. Un effort de bienveillance a été fait à l’égard de la poéticité et de l’éthicité. Y. Chevrel évoque quelques perspectives de recherche comme la comparaison des travaux réalisés et pointe l’importance de l’histoire culturelle, l’un des éléments essentiels dont la littérature devrait s’emparer.
• L’atelier avait pour but de mettre en évidence quelques-uns des problèmes posés par l’histoire de deux pièces d’Ibsen en Europe : Et dukkehjem (Maison de poupée) et Gengangere (Les revenants).

Dans la salle des conférences (ancien réfectoire)

Dans la salle des conférences (ancien réfectoire)

Isabelle Nières-Chevrel, professeur émérite à l’université de Haute-Bretagne, a intitulé son intervention « Les traductions de la littérature de jeunesse anglaise de la Révolution française à Harry Potter ». Après avoir tracé une chronologie des traductions en français d’une vingtaine d’œuvres de la littérature enfantine anglaise, elle a développé son discours autour de trois axes : la notion de traduction comme activité de l’interprétation de la lecture, de l’historicité de la traduction et de la traduction comme objet dans un marché (traduire et diffuser pour un marché de masse). Elle a également soulevé deux problèmes propres à la littérature de jeunesse : la présence d’images – le problème de leur transfert – et l’existence d’un double lectorat (adulte et enfant) depuis le texte original, par exemple chez Alice aux pays des merveilles, ce qui peut entrainer des perspectives de traduction différentes.
• Dans l’atelier elle a mis en lumière la lecture du traducteur, lecture qui est orientée puisqu’il lit en sachant qu’il va traduire. Lire c’est construire du sens, si traduire est « re-produire » un texte source, ce que le traducteur traduit est la lecture qu’il en a faite, son interprétation. Elle s’est interrogée sur les possibilités de repérer dans une traduction les soubassements de la compréhension que le traducteur a faite du texte. Nous avons essayé de répondre à cette question à travers l’analyse de quelques traductions. C’est ainsi que nous avons pu observer que certains traducteurs ont mieux compris les jeux de contradictions logiques, les relations hiérarchiques entre les personnages, les jeux de mots, etc., ce qui s’est reflété dans leur traduction.
Isabelle Nières-Chevrel a conclu son intervention faisant appel en quelque sorte à notre bienveillance à l’égard des traductions passées car ce qui est lisible aujourd’hui peut-être ne l’était pas auparavant. Les traductions passées sont des documents précieux car elles portent des traces du contexte dans lequel elles ont été produites et de la lecture du traducteur.

Lawrence Venuti, traductologue et traducteur, a centré son discours autour de l’intertextualité, question centrale dans la production et la réception des traductions. Cependant, la possibilité de traduire la plupart des intertextes étrangers avec exhaustivité est tellement limitée qu’elle est pratiquement inexistante. Souvent elles sont remplacés par des relations analogues dans la langue cible, mais en fin de compte différentes. L’intertextualité complique ainsi la traduction, l’empêchant d’établir une communication fluide et d’ouvrir le texte traduit aux possibilités d’interprétation qui varient avec les facteurs culturelles du contexte cible. Pour activer ces possibilités et en même temps améliorer l’étude et la pratique de la traduction, nous devons travailler à théoriser l’autonomie relative du texte traduit et augmenter la conscience de soi de traducteurs et des lecteurs de traductions.
• Dans l’atelier il était prévu d’étudier la version italienne de Sexual Perversity in Chicago, la version anglaise de Il lapsus freudiano. Psicanalisi e critica testuale et sa traduction anglaise de 100 colpi di spazzola prima di andare a dormire (100 Strokes of the Brush before Bed).

Jean-René Ladmiral, philosophe et traducteur,  a émis la thèse suivante : « il y a une sacralisation du texte source, c’est ainsi que le texte original est investi comme un texte originaire, phénomène qu’il nomme « l’inconscient théologique ». Après une brève introduction il a développé la problématique de la didactique de la traduction car celle-ci devient un dispositif d’apprentissage de langues, ce qui entraîne des effets pervers car au lieu de s’intéresser à la traduction en soi, on la grammaticalise et elle devient un exercice noté, ce qu’il nomme la traduction « traquenard ». La traduction comme dispositif d’enseignement va être à l’origine des sourcistes. Trois instances : le sourcier, axé sur le signifiant et sur la langue source, le cibliste qui est axé sur le signifié ou mieux sur « l’effet » et sur le discours « en m’écartant de la lettre je vais plus près du sens » et enfin l’effet, où il distingue les effets pragmatiques – liés à des contextes de communication ou situationnels. Il plaide pour la « délexicalisation » et crée le concepte « sémantème » : unité de sens, ce cela que l’on va traduire.
• L’atelier a débuté autour du concept de théorème : résultat d’une activité de théorisation. Ce sont des principes ou des concepts, des phrases ou des mots utiles pour apporter une solution aux problèmes de traduction. Il distingue entre théorèmes généralistes (choix de traduction quand une traduction directe n’est pas possible), théorèmes contrastifs (circonstancié à un couple de langues ou des langues particulières), théorèmes de ré-idiomatisation stylistique » (ajouts et/ou réajustements dans la traduction). Enfin, le théorème du camembert paradoxal : « un texte qui coule et qui tient » donc, fluide et cohérent. S’appuyant sur la comparaison avec la brioche aux raisins – à la fin de la cuisson la pâte a changé, mais pas les raisins – il met en lumière la dialectique du décalage qui vient s’ensimer entre le vouloir dire du texte original et ce que le texte final dit. Le vouloir dire de la traduction est la représentation mentale que l’on se fait de ce l’auteur a voulu dire.
Dans un deuxième temps, il a parlé des difficultés liées au sens du texte. Celles-ci peuvent être d’ordre linguistique (connaissance de la langue employée), pragmatique (liées à la perception) et herméneutique, (liées à l’interprétation). J.-R. Ladmiral propose une dissimilation : décrocher de la langue, de la rémanence « têtue » des signifiants. Il estime qu’il n’est pas toujours nécessaire de traduire la phraséologie du texte original par une autre phraséologie dans le texte final, mais de traduire ce qui dit le texte, faire passer le sens et les faits (dans la lignée de H. Meschonnic). Il rappelle l’idiosyncrasie du traducteur, chacun de nous a une subjectivité quasi transcendantale qui met en avance sa sensibilité traductrice : subjectivité de sa lecture, de sa pensée et de son écriture.

Georgiana LUNGU-BADEA, professeur et traductrice, a intitulé son intervention « Traduire à la lumière des culturèmes ». Elle a développé son cours autour de la notion de culturème. Ce concept renvoie à des unités porteuses d’informations culturelles, à des termes culturellement marqués, ce que la plupart des linguistes, traductologues et traducteurs connaissent par les syntagmes tels que realia, termes culturels, allusions culturelles, références culturelles, ethnonymes, etc. Ils intègrent les traits culturel du verbal (mots, traits paralinguistiques, formules linguistiques), non-verbal (mimique, geste, langage corporel) et extra-verbal (temps, espace, etc.) La notion de culturème désigne tout support de signification dans une culture donnée et l’ensemble des faits culturels spécifiques à des domaines de spécialité très variés. La complexité du concept est due à la pluralité des réalités auxquelles il renvoie.
• Son atelier intitulé « Repérages et traductions des culturèmes dans les textes pragmatiques » nous a permis d’analyser quelques culturèmes dans leur contexte et voir les difficultés de traduction qu’ils présentent. Afin d’illustrer un cas de culturème historique l’auteure a présenté le cas d’un ouvrage du XVIIIe siècle comportant le mot « bulgare », équivalent à l’époque de « bougre », « sodomite », mais qui a été traduit dans toutes les langues, sauf en roumain, par « bulgare » ce qui est un anachronisme ! Dans le cas des culturèmes actuels nous trouvons par exemple « ubuesque », « poujadisme », etc. L’étude du culturème roumain Făt-frumos dont les possibilités de traduction en français – prince charmant, beau vaillant o bel enfant – ne sont pas des culturèmes a permis de voir qu’il n’est pas toujours possible, ni nécessaire, de traduire un culturème par un autre culturème dans la langue d’arrivée.
Quant aux possibilités de restituer le culturème, G. Lungu Badea a énuméré quelques-unes : la traduction directe par emprunt, l’étoffement, la préservation du culturème et l’insertion explicative dans le texte cible ; ou bien une solution « composite » consistant à ajouter à la solution précédente (emprunt et incrémentialisation) une note en bas de page dans laquelle le traducteur consigne les caractéristiques du culturème. Elle déconseille de préserver le culturème et d’insérer une explication dans le texte cible car cela conduit à la confusion.
Le traducteur sait que la traduction implique trans-former (métamorphoser) mais parfois aussi altérer la forme (anamorphoser) il doit donc re-donner une « forme » au texte final et de le re-mettre en forme. Lors de sa conclusion elle a rejoint le « théorème du camembert paradoxal » évoqué par J.-R. Ladmiral.

Florence Lautel-Ribstein, spécialiste de littérature comparée, de poésie anglaise et française, et de traductologie, a construit son cours autour de la « Théorie des formes sémantiques (TFS) et traduction littéraire ». Selon l’auteure, avant d’aborder une traduction il faut s’interroger sur notre rapport au monde et le rapport à la langue. Selon la phénoménologie – étude de contenu de conscience et de structure des faits de conscience – les choses, les objets sont des réalités extérieures au sujet et au langage (par ex. : la table aurait une réalité ontologique, elle existerait antérieurement à la perception du sujet). Or, les références qui renvoient aux objets, les mots, ne se limitent pas à référer, ce qui induit à une confusion entre les objets et les mots. Elle distingue ainsi référence et dénomination, tout objet relève de l’ « indéfinité » (façon d’être nommé). Le mot « table » ne représente pas la table mais il porte en lui l’expérience de la perception de cet objet. L’idée que dans le processus de métaphorisation il y aurait un sens primaire, littérale, puis un second figuré serait ainsi caduque depuis cette perspective. Après avoir définit la forme sémantique elle a abordé la méthodologie du traduire littéraire où elle nous invite à penser la construction du sens dans le texte source à partir de cette approche et à produire un texte final ou cible à partir des « formes » et non à partir de segments de langue.
• L’atelier consistait en l’analyse comparatiste des trois traductions (celles de M. Yourcenar, de C. Wajsbrot et de M. Cusin) du roman Les vagues, de Virginia Woolf, et à partir de ces exemples, à montrer les avantages de la théorie des formes sémantiques en traduction. Lire la suite »

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(Suite) II Jornadas Internacionales sobre historia de la traducción no literaria

Lo prometido es deuda, os propongo el resumen de dos conferencias más de las II Jornadas Internacionales sobre historia de la traducción no literaria que tuvieron como protagonistas a los traductores de obras técnicas y científicas en la historia (hasta 1900). Cartel II Jornadas Internacionales Valencia

« La correspondencia Cavanilles – Fournier: un vehículo de transmisión científico –técnica a finales del siglo XVIII »
Nicolás Bas Martín

Nicolás Bas Martín nos ofreció una conferencia muy interesante sobre el papel que desempeñó la correspondencia epistolar durante el siglo XVIII, indisociable en esa época de viajes y libros, cuyo soporte es la carta como elemento material, pero también como contribución científica. Esta es la perspectiva desde la que Nicolás Bas estudia el aporte de la correspondencia entre el botánico valenciano Cavanilles y el librero francés Fournier.

En un primer momento, tras su llegada a Paris en 1777, Cavanilles estableció una primera correspondencia con el jesuita valenciano Juan Andrés. En esa época los libros abundaban en París, y eran frecuentes los libreros que Nicolás Bas denomina piratas, libreros ambulantes que abastecían a los lectores en libros sediciosos. A través de esa correspondencia Cavanilles aportó una lista importante de autores franceses, de los cuales cincuenta y cuatro eran científicos. A su vez, Juan Andrés le suministraba la información correspondiente a los autores españoles. Todos estos aportes venían a enriquecer la Enciclopédie méthodique, al mismo tiempo que hicieron posible la circulación de los acontecimientos científicos más importantes de Europa durante la Ilustración.

Sin embargo, tras los acontecimientos de 1789, Cavanilles hubo de abandonar París y regresar a España. A partir de ese momento se establecieron las primeras cartas del librero y editor Fournier (1790) a Cavanilles hasta 1804. De esta manera, y gracias a Cavanilles, entraron en España libros sediciosos y en gran cantidad, unos 800 libros. Cavanilles se convierte en el principal cliente de Fournier y, a su vez, este venderá las obras de Cavanilles. Este intercambio tuvo que hacer frente a la Inquisición española y a la Police du livre en Francia, ya que la ciencia se había convertido en política de estado, y como tal, había que protegerla.

Por último, gracias al estudio de esta correspondencia, Nicolás Bas ha logrado trazar el circuito que hacía posible la circulación del conocimiento científico entre Francia y España e identificar a los actores y agentes que lo hicieron posible. Desde el primer eslabón, Fournier, hasta la clientela final, nobles, intelectuales, Juan Andrés, Blasco, Muñoz, etc., queda manifiesto el papel de mediador cultural que desempeñó Cavanilles, científico comprometido con su tiempo que logró crear opinión pública sobre la ciencia.

« Traduire les sciences en France au siècle des Lumières : communication et collaboration entre traducteurs et savants »
Sabine Juratic – Responsable d’investigation au CNRS (Paris, Institut d’ Histoire moderne et contemporaine, ENS). Conférence de clôture.

L’étude de Sabine Juratic ne se limite pas à la France du XVIIIe et s’intéresse à la circulation des idées du point de vue historique, mais aussi philosophique. L’auteure s’intéresse ici à trois aspects : l’essor des traductions scientifiques en français au XVIIIe, la construction des initiatives de traduction et ses promoteurs et, enfin, la « fabrique de traducteurs ». Elle s’appuie sur des récents travaux : l’article « Science et technique » de Patrice Bret, l’ouvrage Histoire des traductions en langue française d’Yves Chevrel et d’Ellen Moerman. Son travail met en lumière le rôle de « langue relais » que la langue française a joué pour l’Espagne.

Lors des siècles des Lumières il y a une forte augmentation de publications scientifiques, important signe qui marque le progrès. Il faut préciser que le contexte est favorable car, d’un côté on assiste au déclin du latin, puis l’intérêt par les auteurs et scientifiques étrangers produit un mouvement académique qui génère un besoin de traduction, auquel s’y ajoutera la curiosité pour les sciences et les loisirs dits « savants ». C’est dans ce contexte, et profitant de cette abondance de traductions, que S. Juratic établie un échantillon de 200 livres traduits parmi les 17700 titres publiés entre 1716 à 1786. Cet échantillon est dépouillé par un sondage des monographies traduites en français à partir de toutes les langues anciennes et modernes (éditions bilingues ou plurilingues) publiées en France ou hors de France. Le sondage a mis en évidence que le rythme des ouvrages traduits s’accélère au cours du XVIIIe, entre 1716-1786 et davantage entre 1771-1776. Il apparaît que les langues sources des monographies traduites en «Sciences et en Arts sont l’anglais (78), le latin (53), l’allemand (43), l’italien (22) et l’espagnol (4). Quant au lieu d’édition, l’étude révèle que Paris publie 60% de ces traductions. Les périodiques savantes se multiplient et se spécialisent et peu à peu la traduction intégral des articles se développe.

Concernant le deuxième point de sa communication, la prise d’initiatives de traduction peut venir des auteurs eux-mêmes, des commanditaires, publics ou privés, des libraires et des traducteurs qui, en absence des droits d’auteur se substituent à ceux derniers. Le traducteur se définit à ce moment par le fait qu’il traduit, c’est-à-dire, qu’ils ne sont pas des professionnels et la traduction est une activité parmi d’autres, n’est pas leur seul métier.

Enfin, le besoin de traduire les sciences génère une « fabrique de traducteurs » composé par des savants et spécialistes qui ont besoin d’enrichir leur discipline et d’élargir les perspectives de recherche ; des amateurs, souvent issus de l’aristocratie dont la démarche est plutôt militante. C’est le cas d’Émile de Châtelet qui travaillait pour Voltaire, et traduisit Principia de Newton (1759) ou de Marie Geneviève Charlotte Thiroux d’Arconville qui traduisit les Leçons de chimie (1759). Dans cette « fabrique » S. Juratic a distingué aussi les traducteurs dits mercenaires, parmi eux ont joué un rôle important des officiers des écoles militaires qui étaient les seuls à bénéficier d’un enseignement en langues vivantes.

Cette étude permet à l’auteure de conclure que la profession de traducteur relevait d’un itinéraire irrégulier et que dans l’exercice de la profession il éprouvait de difficultés linguistiques pour réaliser les traductions techniques. La traduction scientifique et technique favorisait l’apprentissage des sciences, des langues, la transmission et divulgation des connaissances qui permettaient l’ouverture d’un espace de communication et d’échange scientifique dans lequel on pouvait adhérer ou réfuter les théories étrangères.

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II Jornadas Internacionales sobre historia de la traducción no literaria

Durante los días 19, 20 y 21 tuvieron lugar en Valencia las II Jornadas Internacionales sobre historia de la traducción noCartel II Jornadas Internacionales Valencia literaria. Su organización estuvo a cargo de las profesoras e investigadoras Brigitte Lépinette y Julia Pinilla. El hilo conductor de las conferencias y comunicaciones fue “Los traductores de obras técnicas y científicas en la historia (hasta 1900)”. Confluyeron investigadores y profesores de distintas procedencias, disciplinas y enfoques, lo que enriqueció, no solo los contenidos, sino también la reflexión que se llevó a cabo y las discusiones posteriores. Me es imposible dar cuenta en estas breves líneas de la totalidad de aportes y debates, pero modestamente intentaré resumir las intervenciones para quienes no pudieron asistir y estén interesados por lo que allí se dijo. Comenzaré por dos conferencias y poco a poco iré versando en este espacio la totalidad, o casi, de las comunicaciones.

El traductor de textos no literarios en los siglos XVIII y XIX: enciclopedista, innovador y mediador
Gerda Haβler (Universidad de Potsdam)

La conferencia inaugural estuvo a cargo de la profesora Gerda Haβler, catedrática de lingüística románica y aplicada en la Universidad de Potsdam. Su discurso puso de relieve, una vez más, el papel de los traductores como mediadores en la difusión del saber científico en la España de finales del siglo XVIII. En un primer momento, una breve contextualización histórica y científica nos llevó desde la llamada « ciencia seria », pasando por la « falsa filosofía », hasta llegar al sensualismo, fundamento teórico que hace posible la fundación de la ciencia natural y la explicación de los principios por la realidad de lo dado. La versión lockiana de esta corriente pondrá de realce el papel del sensualismo como instrumento político: « verdadero método de estudiar para ser útil a la República y a la Iglesia » según Luis Antonio Verney (1716-1792). Si en ese momento también surgieron las Sociedades Económicas de Amigos del País, en las que se discutía, entre otros, del fomento de la industria popular o de la educación, la teoría y práctica de la economía política, estas fueron puestas bajo la protección real para que servir como instrumento del reformismo borbónico y de la difusión de las nuevas ideas y conocimientos científicos y técnicos de la Ilustración.

En esta coyuntura científica, Gerda Haβler estudia el papel de los traductores, y lo hace a partir de la publicación en 1788 de la traducción que Pedro Gutiérrez Bueno hace de la Enciclopedia Metódica, que pretendía promover el desarrollo científico y sobre todo económico en España. Su estudio revela que los traductores, no solo se limitaron a la traducción del francés al castellano, sino que presentaron un diccionario ilustrado y aumentado: suplementos, traducciones explicativas, citas de documentos de las sociedades económicas, o artículos de la pluma del traductor en el que daba a conocer escritos de científicos españoles o que remitían a determinadas leyes y ordenanzas. También se pone de manifiesto los conocimientos enciclopédicos de estos traductores, que actualizan los artículos de la Enciclopedia y los adaptan a la realidad española, llevando a cabo una « domesticación » de la obra original. Esta actividad traductora se enfrentó a varios problemas: la falta de diccionarios científicos y por consiguiente, de términos ya acuñados. Ello conllevó a una reflexión en torno a la terminología cuya solución pasó por la innovación terminológica, ya que la lengua carecía de términos científico-técnicos para designar las nuevas realidades que surgieron con la nueva ciencia. Esto puso de manifiesto la necesidad de realizar un trabajo lingüístico importante para crear, perfeccionar y reformar el lenguaje científico, pues: « Las lenguas […] son verdaderos métodos analíticos, con cuyo auxilio procedemos de lo conocido a lo desconocido y hasta cierto punto, al método de los matemáticos […] » según Morveau, Lavoisier, Bertholet Fourcroy/ Gutiérrez Bueno, (1788:4), citado por G. Haβler.

G. Haβler ha estudiado también el método de la nueva terminología en la traducción del Tratado Elemental de Química de Lavoisier. Obra que, una vez más,  puso de manifiesto la escasez de términos de la lengua castellana en ciencias naturales y artes y la necesidad de mejorar y reformar el lenguaje de la química para que fuese común a todos y facilitase la comunicación de los trabajos entre profesores y aficionados. En esta ocasión el traductor, Juan Manuel Munárriz, también tuvo que hacer frente a las lagunas semánticas en la denominación de los estados físicos. Aportó algunas soluciones como dejar las voces originales con los mismos caracteres del original y cuando la voz francesa no sonaba bien la aproximaba a la voz latina, aunque también propuso la creación de neologismos análogos o realizó adaptaciones o transposiciones al castellano. También era posible suprimir párrafos por considerarlos superfluos para la comprensión del sentido, inmorales, o contrarios a su religión o ideología. Así, el traductor Ignacio García Malo ((1760-1812) confesó haber recurrido a la supresión de expresiones en una traducción del inglés al castellano porque “las costumbres de Inglaterra están mas corrompidas que las nuestras, ó porque la índole de la lengua inglesa admite ciertas expresiones é idiotismos que sonarian mal en la nuestra” (citado por G. Haβler). Otras estrategias de traducción que llevó a cabo fue la moderación en el lenguaje para obviar asperezas morales, añadir notas léxicas para legitimar o aclarar la traducción de ciertos términos, puntualizaciones, etc. Inmaculada Urzainqui (citada por G. Haβler) ha revelado doce técnicas de traducción utilizadas a lo largo del siglo XVIII: restitución, selección, abreviación, acumulación, corrección, nacionalización, generalización, actualización, recreación, traducción, paráfrasis, continuación. De ello se desprende una preocupación por restituir el sentido de la obra original en detrimento de una traducción literal. Concluye su conferencia indicando que “los traductores contribuyeron a la difusión del saber enciclopédico, aportaron innovaciones terminológicas y textuales y fueron mediadores entre las culturas”.

La ciencia “popular” francesa hacia 1900: Camille Flammarion, Luis Figuier y sus traductores españoles
Agustí Nieto-Galán (Univ. Autónoma de Barcelona)

El profesor Agustí Nieto-Galán habló de las figuras de Camille Flammarion y Luis Figuier, representantes de la divulgación científica francesa a finales del siglo XIX y se interrogó acerca de la red internacional que pudieron establecer sus seguidores y de la que fueron protagonistas sus traductores. En primer lugar, A. Nieto-Galán presentó a C. Flammarion (1842-1925), astrónomo francés y miembro activo de varias sociedades científicas y de asociaciones que preconizaban la vulgarización de las ciencias « positivas ». Por lo tanto, gran vulgarizador que puso al alcance del gran público cuestiones astronómicas, atmosféricas y climáticas. Su obra más famosa, AstronomieAstronomía popular 1906 populaire (1880), se convirtió en un producto comercial en Europa y la red europea de astronomía popular que se fue creando merece, segٗún A. Nieto-Galán, un estudio más profundo. Uno de los traductores de C. Flammarion fue el astrónomo catalán Josep Comas i Solà (1868-1937), figura clave de la astronomía, quien tradujo la obra Astronomía Popular en 1906. Comas i Solà cumplió con un importante papel de periodista y divulgador científico dejando una abundante obra de literatura científica y de trabajos de divulgación astronómica. Fundador en 1911 de La Sociedad Astronómica de España y América “Sadeya”, que ha pervivido hasta nuestros días, y primer Director del Observatorio Fabra de Barcelona (1904), para Comas i Solà la divulgación científica era un deber. Cabe señalar que utilizaba la popularidad de C. Flammarion para legitimar su propio trabajo, y a medida que traduce la obra de C. Flammarion va colocando elementos de su propio trabajo. Otro agente importante en la divulgación de las obras científicas fue la Biblioteca Popular de l’Avens que consistía en la publicación de libros relevantes, pero de bajo coste. Fue evocado un segundo traductor de C. Flammarion: Rafael Patxot (1872-1964), meteorólogo y escritor catalán, mecenas cultural que tradujo Urània en 1903.

En segundo lugar, A. Nieto-Galán presentó al autor Louis Figuier (1819-1894), médico, escritor y vulgarizador francés, “personaje extraordinario para estudiar la historia científica a finales del siglo XIX”, según palabras de A. Nieto. L. Figuier abandonó la experimentación y se dedicó a divulgar la ciencia: intentó crear un “teatro científico”, cuyos personajes eran sabios o científicos, mas no tuvo éxito; trabajó como redactor del folletín científico La Presse, inventario exacto de las producciones científicas del año y fue redactor-jefe de la revista semanal de vulgarización científica, Science illustrée, en la que participaron Jules Verne et Camille Flammarion. Su obra Connais-toi toi même : notions de physiologie (1879), fue traducida por Gaspar Sentiñón, masón, libre pensador, higienista, seguidor de M. Bakunin, director de la revista La Salud, traductor de Ludwig Büchner (1873) y gran materialista, lo que no le impidió negociar con la librería religiosa para publicar la traducción de la obra de Figuier. La intervención de G. Sentiñón en la traducción fue muy importante. La traducción deVies des savants ilustres (1877) corrió a cargo de otro traductor, Pelegrí Casabó, cuya intervención en el texto era mínima.
Para concluir, Agustí Nieto-Galán llamó nuestra atención a propósito de algunas ideas clave de su estudio: en primer lugar, resaltó el lugar privilegiado en el que debe colocarse al traductor en el circuito de la edición del libro, pues tiene una posición epistemológica activa y ocupan un lugar importante en el circuito de comunicación, como ha podido observarse con traductores como Comas i Solà, Patxot, Sentiñón y Casabó. En segundo lugar, el libro de la ciencia se inscribe en un continuum de géneros: libro de texto, libro de ciencia “popular”, novela de ficción, etc. Y por último, la ciencia impresa supone un negocio editorial durante el siglo XIX y responde a intereses ideológicos, políticos y económicos. Por lo tanto, se observa que el estudio de los traductores permite reconstruir aspectos aún desconocidos en la historia de la ciencia española de finales del siglo XIX.

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Entrevista a Iris Permuy – La traducción de refranes

Yo tengo dos refranes favoritos, que además utilizo bastante. Para uno de ellos, todavía no he encontrado traducción posible o un equivalente que verse en francés lo cómico, lo salvaje, lo vulgar de la expresión. Me conformaría con salvar uno solo de los aspectos que he mencionado : ¿cómo traducir « a un palmo de mi culo ¡fuego! » y el segundo, aunque menos difícil es « quien quiera peces, que se moje el culo« . Por una vez, me permitiréis la vulgaridad, pero ¿os atrevéis a traducirlo? En todo caso, os dejo un vídeo en el que Iris Permuy, nos da algunas pistas y truquillos para afrontar tales desafíos como la traducción de los refranes. Entrevista a Iris Permuy – La traducción de refranes.

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¿#error de traducción o sarcasmo de WordPress?

Notification de WordPress sur ma messagerie personnelle

Notification de WordPress sur ma messagerie personnelle

¡Qué sorpresa esta mañana al leer esta notificación de WordPress! Primero, he pensado que era el fruto de alquien con poca educación y mucho tiempo que perder. Mas observando detenidamente la imagen, me he dado cuenta de que no, de que se trata, agárrense: de un error de traducción. ¡Uf, qué alivio! Nadie desea mi muerte pública ;-).

Vous êtes si vaniteux. Vous pensez peut-être que « ¿Por qué hacemos de todo, menos la tesis? » vous concerne.

Es tan vanidoso. Quizá piensa que « ¿Por qué hacemos de todo, menos la tesis?«  le concierne. [Traducción mía]

Quelle surprise ce matin en lisant cette notification de WordPress ! D’abord j’ai cru que c’était le fruit de quelqu’un d’impoli ayant beaucoup de temps à perdre. Or, après une minutieuse observation de l’image, je me suis aperçue que non, il s’agit, accrochez-vous : d’une erreur de traduction. Ouf ! quel soulagement ! Personne souhaite ma mort publique 😉

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Conférence « Histoire des traductions, histoire culturelle », Yves Chevrel.

Co-directeur de l’ouvrage Histoire des traductions en langue française (2013), Yves Chevrel est venu à Toulouse le 03 décembre 2013 pour nous parler d’histoire des traductions, mais pas seulement. Il a été question aussi de méthodologie, de sources, de pièges, de mises en garde 😉 . Je vous laisse cette vidéo (source : Canal U)

Conférence « Histoire des traductions, histoire culturelle ».

 

 

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Más lecturas para el traductor

« En la luna de Babel », blog sobre lenguas y traducción se nos ofrece esta lista de lecturas para el traductor, yo añado para los amantes y curiosos de nuestra maravillosa lengua.

En la luna de Babel

Se acerca la vuelta al cole, también para los traductores. Para los que aún compráis diccionarios y libros en formato papel os traigo la segunda parte de las lecturas para el traductor. Lo que encontrareis aquí serán obras que considero interesantes por algún motivo y que pueden ser útiles para traductores (y amantes de la lengua en general).

Si en anterior artículo recogía obras sobre el oficio del traductor y me centraba en la traducción audiovisual y la lengua inglesa, esta vez me centro en otros aspectos más especializados. Evidentemente no es una lista exclusiva y si tenéis algún libro de referencia, dejad constancia en los comentarios.

GRAMÁTICA Y ORTOGRAFÍA GENERAL 

  • El libro del español correcto. Claves para escribir y hablar bien en español del Instituto Cervantes (Espasa, 2012).

Como comentan en el CVC, el libro proporciona información rigurosa y de fácil consulta para resolver las dudas más…

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Compte-rendu du séminaire « Penser la traduction »

La revue électronique de traduction La main de Thôt vient de publier son 2ème numéro : Traduction, plurilinguisme et langues en contacte.
Vous y trouverez des articles plus qu’intéressants et des réflexions autour de la traduction et de la traductologie. La parole est donnée aussi aux traducteurs, ainsi qu’aux élèves du CeTim (Centre de Traduction et Interprétation de Toulouse).
Et si vous n’avez pas pu assister au séminaire qui a eu lieu à la Casa Velázquez de Madrid « Penser la traduction », vous pourrez suivre la réflexion et les débats entamés à travers le compte-rendu des quatre séances.
Bonne lecture à tous !

http://e-revues.pum.univ-tlse2.fr/sdx2/la-main-de-thot/index.xsp

https://i1.wp.com/e-revues.pum.univ-tlse2.fr/sdx2/la-main-de-thot/images/la-main-de-thot.jpg

 

 

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