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« Stéréotypes : la menstruation, mesdames, vous rendait folles mais irresponsables pénalement ! »

affiche-colloque-photo-720x340En mars dernier j’ai eu le plaisir de présenter une communication dans le cadre du Colloque « Critique féministe des savoirs : Corps et santé », Collectif Arpège-EFiGiES (Toulouse, 29-30 mars 2017).

Voici le résumé de ma communication :

 

« Stéréotypes : la menstruation, mesdames, vous rendait folles mais irresponsables pénalement ! »       

Rocío Subías Martínez (Université de Toulouse 2)

La communication « Stéréotypes : la menstruation, mesdames, vous rendait folles mais irresponsables pénalement ! » a porté sur la construction et déconstruction des discours stéréotypés associés à la menstruation car, malgré les importantes avancées de la science à la fin du XIXe siècle, la période menstruelle reste inconnue et crainte. Le corps médical essaye dès lors de rationaliser cette peur et d’expliquer les causes et conséquences, mais le résultat est la consolidation du contrôle sur le corps féminin devenu objet de curiosité et d’étude scientifique. À travers l’analyse discursive de l’ouvrage La femme pendant la période menstruelle. Étude de psychologie morbide et de médecine légale (1890) du médecin français Séverin Icard, il a été démontré que, partant de la volonté de protéger celle qu’on appelle l’ « ange du foyer », la science continue de produire un discours androcentrique et situé. La Gynécologie et la Psychologie s’efforcent de montrer scientifiquement que les femmes sont fragiles, hypersensibles et prédisposées à développer des maladies intimement liées à leur rôle social de reproductrices de l’espèce et ce, à des fins de pathologisation du corps féminin et de domination de la femme. De plus, la menstruation, très liée à ce rôle, a toujours la réputation de convertir la femme en esclave des passions immorales et de perturbations mentales. La deuxième partie de la communication a été dédiée à la psychologue Leta Stetter Hollingworth, seule scientifique à avoir mis en question les théories du Dr. Icard, et de ses confrères, faisant ainsi émerger des nouveaux savoirs. Dans sa thèse Functional periodicity. An Elxperimental Study of the Mental and Motor Abilities of Women During Menstruation (1914), axée sur des expériences objectives, elle déconstruit le savoir scientifique androcentrique et les rapports de domination visant à perpétuer le contrôle des femmes par la dépossession de leur corps afin de les maintenir dans leur rôle de matrices, participant ainsi du processus enclenché de réappropriation du corps féminin et des savoirs.

Bibliographie (sélection)

BANDRÉS, J., & LLAVONA, R. (2011). Agustín Moreno: psicología científica y responsabilidad legal de la mujer en España. Psicothema, 23 (4), pp. 765-771.

HIBBS-LISSORGUES, S. (2007). Les difficiles débuts de l’émancipation féminine au XIXe siècle (1868-1905). En F. Belmonte (Ed.), Femmes et démocratie : Les Espagnoles en l’espace public (1868-1978), pp. 11-49. Paris: Ellipses.

HIBBS, S. (2010). Femmes criminelles et crimes de femmes en Espagne (XIXe et XXe siècles), Toulouse: Lansman.

ICARD, S. (1890). La femme pendant la période menstruelle. Étude de psychologie morbide et de médecine légale. (R. U. CARDONA, Trad.) Paris: Félix Alcan, Éd.

MOEBIUS, P. J. (s.d.). La inferioridad mental de la mujer: la deficiencia mental fisiológica de la mujer. (Carmen de Burgos Seguí, Trad.) Madrid: Sempere.

MORENO RODRÍGUEZ, A. (1910). Responsabilidad civil de la mujer durante el período menstrual. Segovia: Antonio San Martín.

STETTER HOLLINGWORTH, L. (1914). Functional Periodicity: An Experimental Study of the Mental and Motor Abilities of Women During Menstruation (Vol. 69). New York City: Teachers College. Columbia University.

Résumé et storify disponibles dans : https://efigies-ateliers.hypotheses.org/2707

 

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Séminaire « La place de la femme dans le monde académique »

espace-des-sciences-sociales-2-mai-2016_1460624367072-jpgLES FEMMES DANS LE MONDE ACADÉMIQUE

Le 2 mai dernier, le laboratoire FRAMESPA (UMR 5136, Université de Toulouse – Jean Jaurès et CNRS) a co-organisé avec le laboratoire ARPÈGE, un séminaire très intéressant sur la place des femmes dans le monde académique. Le but était triple : extraire des éléments de compréhension sur le problème de la place des femmes dans ce milieu et dans des aspects aussi variés que les carrières, les fonctions, la position hiérarchique, la reconnaissance, la réputation et la visibilité. Dans un deuxième moment il s’agissait de dresser le constat des inégalités sur le terrain afin de conclure par une réflexion commune sur des possibles solutions. Quelques constats :

La féminisation des universités est croissante, mais la répartition des sexes est inégale et partielle dans les places de pouvoir.

Cela crée une relation de dépendance de la femme vis-à-vis de l’homme. En effet, les postes qui impliquent des grandes responsabilités et des prises des décisions importantes sont occupés par des hommes.Isabelle Lacoue-Labartyhe constate, par exemple, qu’à l’UT2J, 52% des effectifs MCF sont des femmes, contre seulement 24% des effectifs PR. À l’UT3 les femmes MCF ne seraient que 37%. Selon des données du MEN, la présence des femmes serait très importante dans les disciplines littéraires et linguistiques (72% des effectifs des langues), contre seulement 34% en Économie-Mathématiques et 0% en Sciences de l’Ingénieur. La parité homme-femme des postes MCF serait atteinte en 2027, mais il faudrait attendre 2068 pour atteindre la parité homme-femme chez les PU. Dans les instances représentatives ces chiffres se réduisent davantage : dans la Commission Recherche, par exemple, seulement 1/3 des femmes, même constat dans le Conseil Scientifique et nous n’aurons pas de femme doyenne. Seul le Conseil d’Administration semble respecter la parité.

Les travaux scientifiques des femmes sont moins cités que ceux des hommes.

À titre d’exemple, des 48 titres édités depuis 1981 dans la collection « Hautes Études », nous trouvons seulement 7 auteures contre 48 auteurs. Dans Wikipédia, pour l’entrée « Historiens XXe siècle », seul 5% sont des femmes (9 sur 166). Cela pourrait émaner d’une suspicion sur les compétences de femmes.

La visibilité des femmes dans la sphère intellectuelle publique est réduite et inférieure à celle des hommes.

Dans le programme La nuit des idées (27 janvier 2016) où intellectuels, artistes, architectes intervenaient pour imaginer le monde de demain, mais seulement 6 femmes prirent la parole contre 22 hommes. Or, côté animation, métier moins intellectuel, la parité était respectée. Au Collège de France, une seule chaire est occupée par une femme contre 8 occupées par des hommes. Ou encore le Prix du Sénat du Livre d’Histoire délivré depuis 2013 qu’à 2 auteures contre 13 prix délivrés à des auteurs.

Tout cela met en exergue le problème de la visibilité des chercheuses puisque les travaux des auteurs sont plus valorisés, entraînant un manque de confiance dans les travaux des auteures, l’auto-référencement, par exemple entre les auteurs appartenant aux grandes écoles, à l’ENS ou l’auto-cooptation. Au-delà des raisons sociologiques, politiques et socio-économiques, les intervenantes ont souligné les rapports des femmes à la compétitivité, à la réputation, ainsi que le phénomène d’autocensure, assez marqué.

Sandra Péré-Noguès et Béatrice Cauuet sont intervenues en tant qu’archéologues pour ériger un tableau de la place de la femme dans cette discipline née au XIXe siècle. La femme n’était qu’épouse ou maîtresse accompagnant son partenaire dans le cadre de ses recherches, et bien qu’elle avait un rôle actif, celui-ci ne lui était jamais reconnu, restant toujours à l’ombre de l’homme. Il faut atteindre 1890 pour voir naître la figure de la femme archéologue. Le vrai défi pour les femmes archéologues était d’aller sur le terrain, ce qui posait un problème physique, mais aussi la difficulté de faire accepter ses ordres par les hommes du chantier, prêts à boycotter leurs travaux. Dans d’autres mots le défi était de faire valoir sa légitimité sur le terrain et dans la discipline.

Nicolas Adell, anthropologue, a fait le constat dans sa discipline : sur 320 anthropologues en France, environ 50% sont des femmes. Le besoin de spécificité et de réflexivité dans l’Anthropologie peut expliquer la forte présence féminine, mais il relève néanmoins un gros écart entre les postes de MCF et PU. Or, bien qu’elles soient présentes, Nicolas Adell s’interroge sur la visibilité effective des femmes au sein de la discipline. Il a souligné l’importance de la critique postcoloniale et féministe des années 196-70, qui prône l’affectation par l’objet de la recherche, en dépit de l’observation participante, modèle qui ne fonctionne plus,  et voit dans la femme l’avenir de la discipline. Cette critique féministe des sciences a conduit le CNRS à la parité, mais le revers de la médaille est une ghettoïsation féministe des thèmes étudiés dans certaines unités de recherche.

Le débat qui s’est suivi a souligné les rapports de la femme à la légitimité de sa présence dans la communauté scientifique marquée par une prédétermination sociale des tâches sexuées, mais aussi le regard porté à ses ambitions ou perspectives d’évolution et de promotion par les autres membres féminins de la communauté.

 

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¿Por qué hacemos de todo, menos la tesis?

Me alegra saber que pertenezco a la categoría de « procrastinadoras activas » por una gran debilidad que tengo y que es el maldito « perfeccionismo ». Comparto esta entrada del blog « Mi doctorado al día » que resume muy bien un reproche que nos hacemos todos, o casi todos en un momento dado.

Mi doctorado al día

Fuente: www.abc.es Fuente: http://www.abc.es

En esta entrada quiero reflexionar sobre un comportamiento que es bastante frecuente en el gremio de los doctorandos, es decir el hecho de trabajar dirigiendo nuestros esfuerzos a muchas y distintas tareas, pero sin avanzar con la tesis. En mi opinión, se trata de una sutil forma de procrastinación, que intentaré analizar en esta entrada, haciendo referencia a mi experiencia personal.

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Conseils d’Yves Gingrass « Comment NE pas faire une communication scientifique »

Un noeud à la langueConseils d’Yves Gingrass « Comment ne pas faire une communication scientifique »

Ô combien de fois nous avons assisté à des conférences où, au moins, un des intervenants lisait son texte de A à Z sans lever la tête et se daigner regarder son auditoire. Des textes qui ressemblent à des vraies dissertations académiques, mais qui ne répondaient pas au « pacte de lecture » établi à partir de l’intitulé de l’exposé. C’est pour que nous ne reproduisons pas ces erreurs que le sociologue et historien des sciences, Yves Gingrass, s’est adressé à des doctorants au sein du CIRST, Université de Québec à Montréal et a livré quelques conseils. Yves Gingrass a traité deux aspects essentiels de la communication scientifique : les points techniques et le contenu. Je vous offre ici la synthèse de son exposé. Or, le lecteur remarquera que j’ai polarisé son discours et mis en valeur ce qu’il faut faire.

Les aspects techniques

1. Connaître le temps dont nous disposons pour présenter notre communication. En général, nous disposons de 20 min. Il faut s’y tenir absolument. Cette contrainte de temps a l’avantage de nous donner le cadre de notre exposé, car c’est en fonction du temps dont nous disposons, que nous devrons choisir le contenu et sa structure.

2. Tenir compte de notre audience. À qui parle-je ? Quelles compétences ont-ils ? Il est convenable de connaître à l’avance le public que nous aurons : spécialistes, non spécialistes, etc., afin d’adapter notre discours. Cela va de soi que le conférencier doit regarder son public et s’adresser à lui principalement.

3. Se servir correctement du contexte et outils environnementaux. Le conférencier dispose d’un micro, il doit parler devant lui et ne pas hésiter à le prendre s’il doit se lever pour pointer un support digital au tableau, par exemple, ou bien pour s’adresser à ses collègues de table. Le non-respect de ce conseil a comme conséquence des discours partiellement entendus. Il conseille également de ne pas se laisser distraire par les bruits, les personnes en mouvement ou un matériel défaillant.

4. Contrôler ses tics nerveux. Éviter de jouer avec le stylo ou des objets dans sa poche, ne pas balader son verre d’eau en parlant, etc.

Le contenu

1. Le plan de base pour un exposé de 20’ devrait comprendre :

a. Introduction (2’). Définition de la problématique, la question « pourquoi je travaille sur ce sujet ? », la bibliométrie – s’il y en a une. La méthode doit être évoquée très rapidement, il ne faut pas s’étaler car l’auditoire attend les résultats ou l’interprétation des résultats et des analyses.

b. Résultats, analyses (15’). Si l’on se sert d’un document Power Point – ou autre semblable – il faudrait respecter quelques impératifs afin de faciliter la visibilité: éviter les couleurs et privilégier la police noire sur fond blanc ; éviter la taille de police trop petite et les textes trop longs, le public doit voir le message, un graphique, une image, mais non les explications ; et surtout, ne pas inviter son public à lire les diapositives. Il est évident que par la limitation du temps les diapositives se limiteront à une dizaine.

c. Conclusion (3’). Une minute devrait suffire car elle suit naturellement le corps de l’exposé, puis au moment des questions du public, nous pouvons revenir sur certains points.

2. Le moment des questions (10’). Il ne considère pas convenable ni nécessaire de flatter le public avec des phrases : « c’est une très bonne question », « très intéressante cette question », Ne pas perdre du temps et aller à l’essentiel de notre réponse puisque nous disposons de 10’. Quant à l’auditeur qui pose une question en remarquant que nous n’avons pas parlé de certains aspects ou points, il conseille de lui faire comprendre que la limitation du temps impose le choix des points à traiter, mais qu’il peut poser une question concrète à laquelle nous répondrons. Yves Gingrass a une perception négative du public qui fait un résumé de l’exposé du conférencier avant de poser sa question.

Je reproduis ici quelques questions des doctorants présents dans la salle. Ils relèvent, je pense, des craintes communes à un moment donné 😉 :

Q1 : Comment répondre à une question impolie ? En feignant ne pas avoir entendu l’impolitesse et en répondant directement à la question. Yves Gingrass part du principe que la personne ayant commis l’impolitesse s’est ridiculisée devant l’auditoire, puis préconise d’éviter l’échange d’impertinences.

Q2 : Comment répondre à des « reproches » concernant des points non développés ? En évoquant la limitation du temps de l’exposé. Il faut échanger sur le contenu de l’exposé et savoir défendre son point de vue. Il y a des points très intéressants, pour lesquels nous ne sommes pas intéressés.

Q3 : Comment rendre accessible à l’auditoire un sujet s’il n’est pas spécialiste ? En évitant les acronymes, sigles et jargon ; en facilitant des analogies avec des termes et concepts familiers à un public plus large. La clé est de connaître en amont qui est l’auditoire afin d’adapter le discours.

À vous de juger de l’utilité de ces recommandations en fonction de votre expérience. Avez-vous d’autres conseils à donner à des conférenciers en herbe ?

Voici l’exposé d’Yves Gingrass :

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